Le pont, le fleuve et l’océan

(Hommage à Pierre Huwiler)

Nord Finistère, 22 décembre 2019, à quelques pas de l’océan.

Dans la nuit qui tombe vite à cette saison, je viens de passer le pas de la porte de la maison de pierre. Autour, le vent balaie, souffle et nettoie tout sur son passage avec vigueur. Le message arrive discrètement : « Pierre nous a quittés, comme une bougie qui s’éteint. » Les fenêtres et la toiture de bois craquent un peu plus fort. Je m’assieds, laisse monter la tristesse. Je perçois les larmes qui coulent et l’espace, au centre, qui regarde. Comme la maison et ses lumières dans la tempête.

Pupitre Pierre
Photo : Ponteo 2014 © RawKingPhoto

Trois semaines plus tôt, à Domdidier, Pierre était encore debout. Très fragile et fatigué, oui, mais debout, pour nous offrir un ultime concert autour de ses deux recueils de chants pour enfants. Dans la salle, l’émotion était palpable. Ce soir-là, je lui ai dit « au revoir ». Pouvoir dire « au revoir » à quelqu’un avec la conscience du départ imminent est une chance. Je l’en ai remercié intérieurement. Depuis son départ, les souvenirs communs ont refait surface avec plus d’acuité.


Montréal, automne 2006, à quelques pas du fleuve.

Pierre était de passage dans le pays de Gilles Vigneault, où il donnait un concert avec Lundi 7 heures. Alors en séjour au Québec, je suis allée écouter la joyeuse équipe en tournée. Lors de ce concert, le groupe vocal a chanté La complainte de Pablo Neruda, harmonisée par Pierre.

Lorsque la musique est belle
Tous les hommes sont égaux
Et l’injustice rebelle
Paris ou Santiago

Nous parlons même langage
Et le même chant nous lie
Une cage est une cage
En France comme au Chili

Comment croire comment croire
Au pas pesant des soldats
Quand j’entends la chanson noire
De Don Pablo Neruda

Cette rencontre avec le poète chilien, à travers le texte de Louis Aragon et la musique de Jean Ferrat, fut pour moi un instant tournant.

Pierre m’a proposé de me joindre à une soirée prévue le lendemain dans une auberge du Vieux-Port, au cours de laquelle il a présenté les amis aux amis, comme il savait bien le faire. Parmi eux, il y avait Caroline Desbiens, sa guitare, sa voix chaleureuse et le fleuve Saint-Laurent, qu’elle a chanté pour nous. Donnait-elle un concert prochainement ? Oui mais chez elle, à l’Isle-aux-Coudres, à presque cinq heures de route de la métropole. Je souhaitais m’y rendre, restait à savoir comment.

Quelques jours plus tard, Caroline me proposait de rejoindre l’île avec Yves Savard, le guitariste qui l’accompagnerait lors de cette soirée. Dans la salle de l’Hôtel du Capitaine de l’Isle-aux-Coudres, on a tapé du pied, des mains, mangé, bu, chanté, ri et pleuré, et j’ai tendu l’oreille pour tenter de suivre les « pantoute », « tabernacle » et autres « tiguidou » locaux. Yves Savard était entre autres le guitariste de Lynda Lemay. Deux mois plus tard, il m’invitait à un concert privé de la chanteuse à Montréal. C’était un peu ça, l’effet Pierre Huwiler. Une cascade de rencontres, où la découverte de l’ailleurs avait toute sa place.

Car Pierre était un homme de ponts, de confluences, qui faisait s’élever un Hallelujah de Léonard Cohen à la cathédrale de Saïgon, créait un Chatouranga (« jeux d’échecs » en sanscrit) avec son grand ami américain Sam Davis à la patinoire Saint-Léonard de Fribourg, initiait un Esperanto cosmopolite à l’abbatiale de Payerne, Yolanda Williams chantant Mandela sur un magnifique texte de Bernard Ducarroz :
Un homme est libre en sa prison
Ne dites pas ségrégation.

Et, toujours, ces gestes qui menaient le groupe avec précision, cette énergie hors du commun et cet enthousiasme communicatif. Pour autant, derrière l’homme des projecteurs, à l’heure de la pause, de l’apéro ou de l’après concert, j’ai découvert que Pierre préférait souvent se faire discret, voire secret. Il servait un verre, lançait plusieurs questions d’affilée, soulignait avec force les talents des uns et des autres, puis disparaissait le temps de quelques volutes de fumée. Nous savions qu’il était sur le pas de la porte.


Fribourg, automne 2014, à quelques pas du pont de la Poya.

La ville célèbre avec fierté son nouveau pont haubané. Un an plus tôt, Pierre m’a écrit : « J’aimerais te confier les textes d’une grande œuvre musicale. » Au café de Rueyres-les-Prés, il m’a présenté le projet Ponteo, débuté avec son ami parolier de toujours, Bernard Ducarroz. Bernard était atteint dans sa santé et ne pouvait poursuivre. A l’évocation de ce vaste projet sur l’esprit des ponts, j’ai ressenti un certain vertige. C’était inattendu, c’était bien sûr oui. Le passage de témoin, émouvant, a eu lieu chez Bernard, en compagnie de Pierre.

Les musiciens et compositeurs avec qui je collabore ont tous leur univers et leur manière propre de travailler. Avec Pierre, dans ce projet, chaque thème de chanson a émergé autour d’un café. Une fois qu’un texte avait pris forme, je le lui envoyais. Pierre se mettait au piano et, quelques heures plus tard, me téléphonait. Déposant le combiné, il chantait et me jouait la pièce fraîchement composée. Les répétitions furent des journées de fête. Flavie Crisinel entonnant Lorette et Nos mains, accompagnée par Véronique Piller au piano, bientôt rejointes par les 400 chanteurs présents, restent pour moi parmi les moments les plus forts de cette aventure.

Certes, Pierre et moi avons aussi eu nos confrontations sur la voie humaine et artistique. C'est aussi grâce à elles que j’ai appris beaucoup. Et qu’à l’heure du bilan, les regrets se sont tus.

A quelques pas de l’océan, en décembre dernier, j’ai songé à la dernière pièce que Pierre et moi avons écrite ensemble. C’était Les ruisseaux, les rivières, en 2018 pour la Chorale Plein Vent.

Ce thé qui vient de loin
Tu l’as cueilli là-bas
Je le tiens dans mes mains
J’ai moins froid grâce à toi.

Une feuille après l’autre
Sous le ciel qui nous lie
Une page après l’autre
Doucement je relis…

Notre histoire commune
Nos chemins rencontrés
Elle est belle la lune
L’as-tu vu se lever ?

J’ai songé à la rivière qui, sous la lune, rejoint le fleuve qui, bientôt, rejoint la mer.

Merci Pierre.

février 2020

"Pardon, j'ai pas bien compris"

Un nouvel enregistrement par l'excellent chœur tessinois Calicantus. Merci à Mario Fontana, directeur, et à ses chanteurs, qui ont dédié ce chant notamment à Marielle Franco, Daphne Caruana Galizia, Anna Politkovskaïa et Berta Caceres.

avril 2019

"Pardon, j'ai pas bien compris"

On ne sait pas ce qui fait que, tout à coup, un chant touche particulièrement, trouve un public plus large, des relais, est amené à vivre plus loin. Il y a là une part de mystère.

« Pardon, j’ai pas bien compris », tiré de la suite "E = aime c2" et mis en musique par Ivo Antognini, est de ceux-là.

Ce chant donne la parole aux enfants. Face aux injustices, à la violence et à la mort, ceux-ci nous interrogent avec cette phrase-refrain : « Pardon, j’ai pas bien compris. » 

Extrait :
                        Au cours d’histoire-géographie
                        Ce matin le prof a promis
                        Que notre Terre peut nourrir
                        Le monde entier, qu’il faut le dire.
                        Ce soir devant le magasin
                        Le vieil homme a marqué « J’ai faim »
                        J’ai pensé tout bas mes amis,
                                        « Pardon, j’ai pas bien compris ! »

Vous pouvez en écouter ici une version de concert, interprétée par le chœur tessinois Calicantus. Pour lire le texte dans son entier, il vous suffit de cliquer sur « plus » sous la vidéo.  

janvier 2019

"E = aime c2"

Apprendre. Toujours et encore. Grandir, y compris hors des bancs d'école. Devenir qui nous sommes.

Dans cette création, commandée par l'ASCEJ, j'ai pu développer des thèmes qui me sont chers : l'enfance, les apprentissages, l'épanouissement, le savoir-être. Qu'est-ce qui fait qu'un jour, nous sommes des êtres humains "complets" ?

La création sera interprétée par un chœur romand de 200 enfants et jeunes lors de la grande manifestation biennale du Festival suisse des chœurs d'enfants et de jeunes (SKJF) à Lugano, du 25 au 28 mai 2017. Elle est l'occasion pour moi d'une première et riche collaboration avec le compositeur tessinois Ivo Antognini. Et... je ne résiste pas au plaisir de vous le dire... : les trois premières pièces, pour chœur d'enfants, sont éditées chez Walton Music à Chicago !

février 2017

Un p'tit bout de route

Voilà désormais plus de vingt ans que j'ai fait mes premiers dans l'écriture de textes pour la musique. Au fil du temps, je découvre avec intérêt la diversité et la richesse des univers propres à chaque compositeur. Et ma foi, j'apprends beaucoup !

2019

  • Spectacle "Glânissimo", 23-24 février, à Siviriez : "Noir" (musique Valentin Villard)

2018

  • 70e anniversaire de la chorale lausannoise Plein Vent, 9-10-11 novembre, à Savigny : "Les commères", "Obsolescence programmée", "Retrouvailles", "Le philosophe", "Les ruisseaux, les rivières" (musique Pierre Huwiler)
  • Festival européen de chœurs de jeunes de Bâle, 11 mai, Choeur Zik'Zag : "Fribourg" (musique Fabien Volery)

2017

  • 6e festival SKJF (festival suisse des chœurs d'enfants et de jeunes), à Lugano : création "E = aime c2" :  "Les éléphants savent", "Regarde si c'est vrai", "Pardon, j'ai pas bien compris", "Recto verso", "A la source des livres", Participe futur", "Ubuntu", "E = aime c2" (musique Ivo Antognini)
  • Concerts de L'Ensemble Vocal Utopie, du chœur d'enfants Les Enchanteurs et du chœur de jeunes Zik'Zag : "Le printemps" (musique Gonzague Monney)

2015

  • Spectacle Exode, à Château-d'Oex : "Etre moi" (chant final, musique Pierre Huwiler)
  • 25e Rencontre des Céciliennes du décanat St-Protais, à Neyruz : "Il Poverello" (texte sur St François d'Assise, musique André Ducret)

2014

  • L'étoile d'or des enfants, à Payerne : "Noël un jour" (texte mis en musique par quatre compositeurs différents : Jean-Louis Raemy, Thierry Epiney, Steve Muriset et Marie-Marguerite Carron)
  • Spectacle "Ponteo", à Fribourg : grande fresque musicale autour de « l’esprit des ponts » (musique Pierre Huwiler) : "Premier chant", "Sanona", "Ponteo", "Ô gué, ô gué", "Le torrent", "Seule", "C'est moi qui bâtirai", "A quoi ça rime un pont", "Un pont c'est tout!", "Mieux vaut le mur", "Mater dolorosa", "Je m'en vais", "Bonjour !", "Nos mains", "Sms à Ponteo", "J'étais au bout du monde", "Ici Fribourg", "Mille huit cent trente", "Lorette", "Le bateau immobile"
  • Concours pour la création d'un nouvel hymne national : "Chant du pays" (musique André Ducret)
  • 20h de musique de Romont : "Balade romontoise" (musique Fabien Volery) : "Ma ville", "Là où je vais", "La Ratière", "La Belle époque", "Par le vitrail"
  • Concours de composition chorale Brig 2014 : "Hippocampe ou libellule" (musique André Ducret)

Photo de partition

2013

  • 75e anniversaire de la Chanson de Montreux : "Jean du voyage" (musique Fabien Volery) : "Edelweiss", "Les cerisiers", "Gringo-Welsch", "Marie des mers", "Le point milieu"
  • Pour les donateurs du film Plans-fixes « André Ducret - Un chef de chœur qui compose » : "Aux abonnés présents", "A rebrousse-plumes", "Fil d'avril", "L'invisible utile", "Moins vingt, moins quart", "Un homme comme ça" (en hommage à Pierre Kaelin), "Au Collège" (musique André Ducret)
  • 40e anniversaire du chœur mixte Harmonie d'Arconciel : "A nous !" (musique Dominique Gesseney-Rappo)
  • Fête cantonale des chanteurs vaudois : "Luna-Loba" (musique Dominique Gesseney-Rappo)

2012

  • Chansons oubliées : réécriture, pour la Chanson de Montreux, de textes de chansons anciennes : "Derrière chez nous", "La bergère rusée", "La complainte des trois orphelins", "L'a perdu son amant", "Le meunier de la Sonnaz".

2011

  • Texte sur une musique existante : "Une pierre" (musique Dominique Gesseney-Rappo)

2005

  • Concert marquant le centenaire de la fête de la St-Nicolas de Fribourg : "Caravane hivernale" (musique André Ducret) et textes de liaison du concert
  • CD pour la Fondation Théodora : "Rêve mon enfant !" (musique John Woolloff), interprété par la chanteuse Brigitte Tess

2003

  • Céciliennes de la ville de Fribourg : "La table fleurie" (musique André Ducret) : "Eve", "Zachée", "Judas", "Véronique", "François", "Nicolas", "Bernadette", "L'humanité"
  • Concours de composition chorale Europa Cantat 2003 : "Arc-en-ciel" (musique André Ducret)

Photo écriture pour la musique.JPG

2001

  • Concours de composition chorale de la Scté cantonale de Chanteurs Fribourgeois 2004 : "Métissages" : "Les réfugiés", "Dis-moi", "Au café de la vie"

1999

  • Fête d’inauguration du nouveau parvis de l’église Saint- Boniface de Vercorin : "Chemins" (musique André Ducret) : "Premiers pas", "Chrysalide", "Combats", "Nymphe", "Près du quai"

1998

  • Spectacle "Les Brigands du Jorat" pour les 200 ans de l’indépendance vaudoise (pièce mise en scène par Bouillon) (musique André Ducret) : "Couleurs d'ici", "Vire, volte", "Si vous saviez...", "Il est temps", "Sabbat", "Tourne la vie", "Rituel", "Vent des lendemains"

1994-1998

  • Occasions diverses : "Les pages d’autrefois", "Sur le grand échiquier", "Sur les chemins de Noël", "Lune" (musique André Ducret)

"Ponteo"

Affiche Ponteo

Ponteo ! 6 lettres pour... 400 chanteurs, 55 musiciens, 8 solistes, 2 danseurs, une quinzaine d'acteurs et figurants et 7000 spectateurs, réunis pour quatre représentations afin de fêter dignement l'inauguration, en automne 2014, du plus long pont haubané de Suisse : le pont de la Poya, à Fribourg.

J'ai écrit vingt textes de chansons pour ce spectacle, sur des musiques de Pierre Huwiler.

"L'esprit des ponts"... le thème était porteur et la fête fut belle ! Merci à Eric Collomb, initiateur de ce projet, et à l'ensemble du comité d'organisation, qui a réalisé un travail titanesque et magnifique.

février 2015

Répétition Ponteo, photo noir-blanc
Source : www.ponteo.ch

Portrait

Un portrait réalisé par la joyeuse équipe de Take Off Productions alors que se préparait "Ponteo", dans lequel j'évoque mon activité de parolière.

septembre 2014

L'écriture pour la musique

Souvenir : Château de Vaulruz, lors du traditionnel camp de carnaval du Choeur St-Michel:

"… sur un coin de table, un après-midi à l’heure de la pause. A grands renforts d’exemples, André m’explique l’art – difficile – d’écrire un texte pour la musique. Jusque là, je savais que les mots s’organisent en pieds et en vers, qu’ils se répondent, riment entre eux, sifflent, sonnent ou raclent un peu. Ce jour-là, j’apprends qu’ils chantent, que leur accent tonique est prélude à la musique, et qu’il faut humblement le respecter si l’on veut que le musicien, ensuite, puisse travailler. Je découvre aussi que ce sont des multiples contraintes qui accompagnent l’écriture des paroles d’une chanson qu’émerge la créativité. La contrainte dérange, elle pousse à l’invention. Toute une leçon de vie, autour d’un papier et d’un crayon…"

Extrait de la plaquette "André Ducret, Compositeur, chef de chœur et pédagogue, Fribourg 2007", p. 29

Didjeridoos